Requiem de Mozart
W.A. Mozart
Requiem K.626
Mozart après avoir écrit la Flûte enchantée, opéra initiatique, note dans le catalogue de ces œuvres le 15 novembre 1791 ( il meurt le 5 décembre) comme dernière œuvre à répertorier, sa cantate maçonnique "L'éloge de l'amitié".
Mais Mozart écrit aussi quelques jours avant de mourir ce texte:
«Enlaçons nos mains, mes Frères, (…) dans l 'éclat sonore de notre joie. Et, (que) (…) notre chaîne étreigne le globe terrestre tout entier. Apportons par des chants joyeux pleine reconnaissance au Créateur, dont la toute-puissance nous réjouit : la consécration est accomplie ; puisse aussi être achevé le travail auquel sont consacrés nos coeurs ! Vénérez la vertu et l'humanité, apprendre l'amour de soi et d'autrui, que ce soit toujours le premier devoir. Alors, (…) seulement (…) ruissellera la lumière » .
Un Mozart donc, détaché totalement des biens de se monde, tourné entièrement vers l'amour de "l'Autre" et qui à cause de ses idées humanistes maçonniques, ne trouvera personne pour lui donner une ultime bénédiction avant son dernier voyage...
Mais qu'en est-il du Requiem ?
Chacun sait que cette œuvre est une commande faite par un musicien amateur qui voulait se l'approprier, c'est à dire la jouer en prétendant être le compositeur.
Mozart a certes besoin d'argent, mais il est habitué depuis longtemps à cette condition incertaine sur le plan matériel, inhérente au statut d'artiste.
Il accepte donc la proposition, mais pour survivre…. Or il sait, diverses lettres le montrent, que sa vie arrive à son terme. Survivre ne signifie donc plus grand chose.
Il le regrette notamment pour ses proches:
"Il faut que je quitte ma famille, mes pauvres enfants, au moment où je serais en état de veiller le mieux à leur bonheur."
Mais aussi pour son art:
"il faut partir maintenant (…), maintenant que je pourrais vivre tranquille!
Quitter mon art, maintenant que je ne suis plus esclave de la mode, n'étant plus enchaîné par les spéculateurs, je pourrais suivre les impulsions de mes inspirations, et écrire avec indépendance ce que me dicte mon cœur"
Il ne va donc pas terminer ce Requiem, d'abord parce qu'il est occupé par diverses autres compostions, mais aussi peut-être parce que s'il avait fait, cette œuvre, qu'il sait géniale, lui aurait échappé pour l'éternité.
Et puis il sait aussi que ce Requiem sera joué nécessairement après sa mort, pour lui, par ses "frères maçons musiciens" et la terminer serait déjà mourir un peu…
Il ne la termine pas mais il en écrit suffisamment pour que chacun apprécie la fulgurance de son inspiration.
Le thème d'entrée (Requiem eternam) , Dies irae ou Lacrimosa semblent être inscrits dans l'histoire de la musique pour toujours.
L'œuvre n'est pas, comme certains commentateurs ont pu l'écrire, à l'état de fragments ou d'esquisses à la mort de Mozart.
Tout ce qui est écrit est parfaitement clair, sans rature, sans hésitation, l'essentiel est dit.
La clarté de la calligraphie laisse songeur lorsque sait dans quel état de fatigue est Mozart lors de sa composition.
Mozart compose jusqu'à la fin d'Hostias, laissant tout de même incomplet le Lacrimosa, le Sanctus, le Benedictus et l'Agnus Dei qui ne sont qu'ébauchés.
Diverses mains plus ou moins intéressées, plus ou moins compétentes, travaillent pour terminer l'interminable. Peu de risques sont pris. Les instruments de l'orchestre doublent systématiquement les parties de chœurs déjà écrites pour l'essentiel. Les trois pièces incomplètes citées précédemment sont terminées tant bien que mal, parfois avec des extraits d'autres œuvres existantes de Mozart. Le Requiem se termine avec la même musique que le début, seule les paroles changent. A bien regarder, Mozart est partout, il a tracé une trame suffisamment claire pour que nous puissions comprendre sa géniale inspiration.
En fait, il a terminé son œuvre, mais pas suffisamment pour qu'on l'en dépouille.
Sources of Music, sous la direction de Jacques Chalmeau, a refait une nouvelle édition de ce Requiem en tentant de supprimer les ajouts inappropriés qui semblaient par trop éloigner l'œuvre du manuscrit originel.
Ainsi cette édition n'inclut pas de trombones sauf dans le début du Tuba mirum, ou le trombone ténor solo ( bien présent dans l'autographe) symbolise l'appel de la mort.
En effet, à aucun moment, Mozart n'écrit de parties de trombones dans la nomenclature de l'orchestre. Seuls les quatre accords qui précèdent l'entrée des basses du début de Requiem aeternam sont spécifiés avec trois trombones. Un seul endroit dans la partition donc, sans que personne ne puisse affirmer s'il s'agit de l'écriture de Mozart, et à aucun moment dans la nomenclature.
Nous avons donc respecté cette instrumentation étrange: 2 cors de basset, 2 bassons, le chœur et le quintette à cordes, instrumentation qui a n'en pas douter, avait été pensée pour être jouée dans les loges maçonniques que Mozart fréquentait assidûment.
La timbale et ce qui s'appelait à l'époque les "Clarini" ( trompettes baroques), n'interviennent sporadiquement que pour ponctuer rythmiquement le discours musical.
Il n'y a pas d'orchestration "indépendante".
Le centre du Requiem se situe dans le chœur, et donc dans les mots. A ce titre, la première fugue Kyrie Eleison, ultime provocation facétieuse de notre pauvre Mozart, diffuse une énergie incroyable qui a elle seule, est un magnifique message d'espoir pour les générations futures face aux difficultés du monde.
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